Daniel Coulonval
Les moissons seront terminées pour la Foire agricole de Libramont. Bien en avance cette année, elles reflètent un début d’été dominé par des températures et un dessèchement hors normes pour cette période de l’année. Les travaux des champs et dans les étables ne laissent pas pour autant les agricultrices et les agriculteurs sans réflexions sur ce qui se passent à l’horizon. Il y a de quoi, en effet, se questionner sur l’avenir de nos métiers.
D’analyses en analyses, de constats en constats, le scénario d’une crise mondiale se précise. Tant de choses nous semblaient tellement éloignées qu’elles pouvaient être complétement ignorées. Les guerres, les catastrophes naturelles et les évènements climatiques extrêmes, la précarité économique, la fragilité des états, tout se rapproche de nous à grande vitesse et entre dans nos vies quotidiennes. L’éloquence des constats nous impose de réaliser des changements opérationnels et techniques dans l’urgence.
Comment s’adapter au déclin généralisé qui s’installe ?
C’est une question profonde. Certaines personnes pensent au ralentissement économique, d’autres au vieillissement de la population, aux tensions géopolitiques, à la crise environnementale ou encore à la perte de cohésion sociale.
Si l’on part de l’idée que les prochaines années vont être instables, l’adaptation devient la règle, quel que soit le scénario.
La nécessité de retrouver une indépendance par le développement de compétences utiles doit devenir une logique de survie. Entretenir et réparer son matériel, gérer un budget, utiliser les outils numériques pour acquérir des compétences recherchées professionnellement, rester informé sans se laisser submerger par les réseaux sociaux, suivre des sources d’informations variées et fiables.
S’adapter, c’est également accepter que certaines certitudes disparaissent et que l’individualisme et la concurrence à tout va ne seront plus les règles de demain. La solidarité doit redevenir la norme.
Le renforcement de la résilience financière des exploitations agricoles se constituera en limitant l’endettement. S’investir dans les relations humaines et dans les réseaux professionnels constitue souvent une force importante lorsque les institutions sont sous pression.
Le service d’étude de la FWA et les conseillers de FWAgestion, qui ont structuré des analyses pertinentes sur les évolutions des dernières années, constituent le prolongement unique des exploitations agricoles dans les institutions politiques et de concertation. Si les résultats sont connus et surtout vécus par les agriculteurs, il est important d’en comprendre les mécanismes et d’y apporter un regard critique. Les articles rédigés dans ce journal sur ces sujets mettent en lumière les grandes tendances et poussent aux questionnements sur l’architecture du Plan stratégique de la PAC 22-27. Les orientations prisent par le gouvernement précédent ont clairement engendré un point de bascule dans la rentabilité de nos exploitations. C’est incontestable.
L’agriculture est depuis la nuit des temps orientée par la politique.
Nous avons cette fragilité structurelle qui nous colle à la peau. Anciennement les orientations étaient nationales. Depuis la construction européenne, elles se sont progressivement globalisées entre 27 états et structurées dans leur mise en œuvre au niveau de la Région wallonne.
Cette fragilité structurelle, qui ne garantit jamais un revenu car variant en fonction des choix politiques et des accords commerciaux mondiaux, de la démographie, des réglementations environnementales, sanitaires, de bien-être animal, peuvent accroître les coûts. Même lorsqu’elle répond à des objectifs d’intérêt général, l’agriculture est un modèle économique vulnérable. Les politiques d’aménagement du territoire et d’urbanisation contribuent à la disparition et à l’augmentation du prix des terres agricoles dans certaines régions. Les facteurs naturels, techniques et le vieillissement des agriculteurs participent à l’absence du renouvellement des générations en agriculture.
Il est donc important que les dirigeants politiques se repositionnent plus sérieusement sur l’avenir des exploitations agricoles. Les enjeux de sociétés liés à l’avenir de l’agriculture locale n’ont jamais été aussi importants.
La FWA, une institution privée d’utilité publique
Avec acharnement au quotidien, la FWA défend les revenus et les conditions de travail des agricultrices et agriculteurs. Elle participe aux négociations sur les politiques agricoles, environnementales et commerciales à tous les niveaux de décision, elle fournit des précieux conseils techniques, juridiques ou économiques aux agricultrices et agriculteurs. Elle contribue par cette cohésion sociale au maintien de productions alimentaires nationales et à la vitalité des zones rurales.
Sans cette représentation collective, les agriculteurs auraient souvent un pouvoir de négociation extrêmement limité face à des acteurs de plus en plus concentrés, comme les grandes chaînes de distribution ou les industriels. Sans la FWA, des orientations politiques non concertées et utopiques deviendraient la règle.
La FWA défend l’ensemble des agriculteurs.
La FWA collabore activement aux concertations en vue d’exercer une influence politique importante en reflétant la diversité des points de vue du monde agricole. Pour assurer la continuité de ce travail, plus que jamais la notion de solidarité devient cruciale. Un petit groupe d’agricultrices et d’agriculteurs ne peuvent pas porter seuls le poids économique de la défense professionnelle de toutes les exploitations de Wallonie. En vous invitant à venir nous rencontrer sur le stand de la FWA à Libramont, je vous invite également à réfléchir avec nous sur l’avenir de l’agriculture dans ce contexte particulièrement alarmant.
Nous pourrons évoquer avec vous les sujets d’actualité tels que la protection des zones de captage, la loi sur la restauration de la nature, la présence du loup, les revenus agricoles, les élevages en Wallonie, la PAC, ainsi que le sujet qui me tient particulièrement à cœur: le renouvellement des générations en agriculture.
La FWA est plus que jamais une entité d’utilité publique. Être solidaire et s’y investir pour défendre toutes les agricultures est une responsabilité qui doit être prise dans chaque exploitation.
La FWA du futur reposera sur un projet collectif simple, basé sur le renouvellement des générations, sur la structuration de filières économiquement viables ainsi que sur la reconnaissance indispensable par les institutions publiques. Les femmes et les hommes politiques doivent continuer à considérer la FWA comme un outil de concertation indispensable, de construction d’une ruralité et d’une agriculture résiliente.
Le philosophe Sénèque a écrit: «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles». Osons nous projeter solidairement dans l’agriculture de demain.
Plus forts ensemble.
