Souveraineté, stabilité, rentabilité

Depuis le début de l’année, nous vivons bercés d’une actualité anxiogène, enchaînant évènements géopolitiques, climatiques et politiques qui déstabilisent nos exploitations.

Marchés qui jouent au yoyo selon l’humeur d’un président actif au Moyen-Orient, prix du pétrole qui fait des bonds jamais vus en quelques heures, sécheresse qui anéanti les efforts de toute une saison, sans parler des problèmes de plus en plus intenses rencontrés avec la faune sauvage dont la bonne santé met souvent à mal celle des parcelles agricoles envahies.

Face à ces phénomènes combinés qui menacent la productivité et la rentabilité agricole, notre souveraineté alimentaire globale est de plus en plus menacée. Pas pour les productions agro-alimentaires à haute valeur ajoutée comme le chocolat, les fromages et autres boissons alcoolisées pour lesquels l’Union européenne reste solidement exportatrice dans le reste du monde. Mais pour les productions agricoles de base, qu’il s’agisse des productions végétales affectées directement par la sécheresse, ou des productions animales dont certains cheptels diminuent structurellement.

Les entrepreneurs que vous êtes cherchent avant tout de la stabilité, une vision, des orientations à long terme. Le cadre politique actuel offre de la stabilité administrative, une vision bureaucratique, et aucune orientation stratégique. Comment, dans ce contexte, se projeter sereinement dans l’avenir ?

Il est temps que nos décideurs, au niveau européen, en prennent la mesure. Nous devons sauvegarder notre indépendance agricole, qu’elle soit à des fins alimentaires ou d’autres valorisations essentielles à notre tissu économique (production d’énergie, de fibres…).

Depuis sa constitution, la Communauté économique européenne, progressivement devenue l’union que nous connaissons, a montré qu’elle était capable d’avoir une politique agricole commune forte, répondant à des enjeux transnationaux. Critiquable, certes, mais capable de produire des effets conséquents.

Beaucoup d’espoirs ont été mis dans le dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE réalisé en 2024. Ce processus de concertation a eu le mérite de construire un consensus pour orienter la future PAC. Mais la proposition de future PAC qui a suivi en 2025 a beaucoup déçu. Moyens revus fortement à la baisse alors que la volatilité des marchés augmente, et grande crainte d’une renationalisation de la PAC.

Depuis lors, des inondations, des sécheresses, de nouvelles guerres avec leur lot de conséquences sur les marchés internationaux se sont encore produits.

Aucune réponse politique structurelle n’a été proposée. Tout au plus « quelques cacahuètes » annoncées sporadiquement pour faire face à la montée du prix des engrais ou à d’autres situations ponctuelles ont-elles été décidées. Du conjoncturel donc. Pour éviter que le couvercle ne saute de la marmite !

Il est temps de (re)construire une vrai politique agricole commune forte et cohérente, avec des moyens à la hauteur de ses objectifs, capable de répondre aux enjeux du monde actuel. Plus de résilience, de nouveaux filets de sécurité, des mécanismes ad hoc de gestion de crises activables facilement, une bureaucratie moindre et un soutien structurel au secteur agricole pour éviter son délitement

L’UE ne domine plus le monde, mais elle dispose encore d’atouts majeurs. Son agriculture et ses filières agro-alimentaires en sont deux. Savoir, savoir-faire, capitaux… Les ingrédients sont là. Mais le cap manque. Il doit être européen. Il doit être fort. Il doit nous permettre de faire front. Et d’être plus résilient, encore et toujours.

Benoît Haag, Secrétaire général de la FWA