L’agriculture ne cesse de se réinventer. Face aux défis économiques, climatiques et sociétaux, nos exploitations évoluent, s’adaptent et cherchent de nouvelles voies pour assurer leur avenir. Cette capacité d’adaptation est au cœur du dossier de cette semaine consacré aux fermes pédagogiques et aux différentes formes de diversification à la ferme.
Daniel Coulonval
Accueillir des enfants pour leur faire découvrir le métier d’agriculteur, ouvrir sa ferme à des familles, développer des activités de sensibilisation ou encore proposer un environnement chaleureux à des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer : derrière ces initiatives, il y a une même volonté, celle de faire de la ferme un lieu ouvert sur la société.
Se diversifier en agriculture, ce n’est d’ailleurs pas seulement chercher un revenu complémentaire. Pour de nombreux porteurs de projets, c’est avant tout un choix, une manière de construire leur avenir et de donner un sens particulier à leur vie professionnelle et personnelle. Transformer une idée en projet, partager son savoir-faire, accueillir, transmettre, créer du lien : autant de façons de faire vivre autrement son métier d’agriculteur et de retrouver du sens dans son quotidien.
La présence de la FWA à Festi’Valériane s’inscrit également dans cette volonté de dialogue : aller à la rencontre du public, expliquer notre agriculture, faire connaître le travail de nos producteurs et créer des ponts entre ceux qui produisent et ceux qui consomment.
Cette diversification ne doit toutefois pas être considérée comme une solution miracle aux difficultés économiques que rencontrent nos exploitations. Elle demande du temps, des investissements, de l’énergie et de nouvelles compétences. Mais elle démontre une chose essentielle : l’agriculture est capable d’aller à la rencontre de la société et de répondre à de nouveaux besoins, sans jamais perdre son identité première.
Les pages de ce numéro témoignent également de cette capacité à agir collectivement. À Battice, nous avons pu mesurer une nouvelle fois combien la solidarité entre agriculteurs est une réalité concrète. L’hommage rendu aux agriculteurs qui se sont mobilisés lors des incendies dans les Hautes Fagnes en est une illustration particulièrement forte. Cette standing ovation était bien plus qu’un moment symbolique : elle rappelait que, lorsque le territoire est en difficulté, les agriculteurs répondent présents.
Cette solidarité se retrouve aussi dans les initiatives qui naissent directement du terrain, comme la création d’un groupement d’employeurs sur le plateau de Herve. Mutualiser les moyens, partager les compétences et trouver ensemble des réponses aux difficultés quotidiennes : c’est aussi cela, construire l’agriculture de demain.
Mais l’adaptation ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des agriculteurs. Les dernières actualités nous le rappellent : concurrence, importations, dépendance économique, fermeture d’outils de transformation, sécheresse… autant de dossiers qui montrent combien l’environnement dans lequel évoluent nos exploitations reste fragile.
C’est pourquoi la défense d’un revenu agricole juste et la préservation de nos filières doivent rester au cœur de nos combats syndicaux. Diversifier, innover et s’adapter, oui. Mais pour pouvoir continuer à produire, investir et transmettre, encore faut-il que l’agriculture puisse vivre dignement de son travail.
C’est finalement tout le sens de ce nouveau numéro de La Voix des Champs : montrer une agriculture qui entreprend, qui innove, qui se diversifie, mais aussi une agriculture qui se mobilise, qui se serre les coudes et qui entend rester maîtresse de son avenir.
Bonne lecture à toutes et à tous.
