Être indépendant ?

Les réponses à cette question sont très variées en fonction de l’angle de vue que l’on prend. Que l’on parle du statut social, de la capacité des personnes d’être autonome, tant économiquement que physiquement. Que l’on parle des entreprises ou des personnes, la dépendance renvoie à la notion de liberté d’être ou d’agir.

La crise mondiale actuelle place le sujet au cœur des préoccupations. La dépendance aux énergies fossiles, aux engrais chimiques fragilise nos entreprises et nous place dans les secteurs des activités économiques à risques, voire très fragile.

La situation actuelle doit nous questionner sur nos choix d’entrepreneurs.

En 1574, Etienne de La Boétie publie en latin «Le discours de la servitude volontaire» où il dénonce l’obéissance des peuples, qui par coutume, habitude et éducation, oublient leur droit naturel à la liberté. 

Le texte repose sur une analyse rhétorique puissante: le pouvoir du tyran ne vient pas de sa force, mais du consentement volontaire du peuple. Il décrit avec rigueur la situation du monde paysan de l’époque.

Si on y regarde de plus près l’actualité contemporaine, on peut facilement tracer des parallèles. En particulier sur les dépendances de l’agriculture.

La fertilisation des cultures est un exemple précis. Nous avons vocation à pouvoir fertiliser nos cultures avec des engrais organiques, les équilibres agronomiques élevages versus cultures fourragères sont connus depuis très longtemps. En changeant les structures d’exploitations et les modes de production accompagnés par la mécanisation, les modèles économiques de l’agriculture ont changé et nous placent devant les dépendances  que nous connaissons et pour lesquelles nous avons perdu toute maîtrise.

Dans son analyse théorique, le pacte vert européen est vertueux. Il est regrettable qu’il soit devenu une complexité administrative totalement déconnectée des objectifs fixés.

Décarboner l’agriculture et les industries sont des enjeux majeurs et ils sont incontournables.

Se boucher les oreilles et fermer les yeux, le temps que la crise passe ne permettra pas de donner aux générations futures les voies et moyens pour être plus libres et résilientes.

Oser un regard sur nos capacités à changer pragmatiquement nos modèles de production doit permettre d’anticiper les changements nécessaires que l’Europe devra Mettre en place pour sa survie et celle de son agriculture.

Nos choix individuels se coconstruiront avec la société qui nous entoure et surtout les orientations politiques qui seront décidées.

En tant qu’organisation professionnelle, nos stratégies doivent également être en réponse à ces défis.

Toutes les actualités agricoles et politiques qui se trouvent dans ces pages nous obligent à être force de proposition pour sortir de la servitude volontaire.

Réunis dans les murs de la Maison de l’Agriculture et de la Ruralité, dans les commissions spécialisées et les différents groupes de travail nous devons, ensemble, construire l’agriculture de demain.

Soyez des nôtres!

Plus fort ensemble.

Daniel Coulonval, Président de la FWA