La Belgique, un royaume souverain ?

Souverain. Voilà un mot bien à la mode en ces temps incertains. Non pas pour évoquer notre souverain, Sa Majesté Le Roi Philippe, mais bien la souveraineté de notre état, la Belgique.

Au fond, de quoi parle-t-on ? Rien de tel qu’un rappel de la définition : un état souverain est « un état qui n’est soumis à aucun autre état », ou encore « un état qui a l’exclusivité de sa compétence sur son territoire et son indépendance dans l’ordre international où il n’est limité que par ses propres engagements ».

Par extension donc un état souverain est un état autonome et indépendant des autres états.

Encore faut-il savoir pour quoi.

Ma déformation professionnelle m’amène tout naturellement à parler de souveraineté alimentaire. Mais en dehors de la question de disposer d’assez de nourriture, il n’y a pas un jour, dans le contexte géopolitique actuel, où on n’évoque pas la souveraineté énergétique, militaire, financière, industrielle, technologique… en miroir aux crises internationales qui se succèdent. La montée inquiétante du prix du pétrole ? L’intrusion de drones au port d’Anvers ? La menace d’une crise bancaire outre-Atlantique ? L’exode de notre industrie, à l’instar du volet métallurgique transféré par Arcelor-Mittal vers l’Asie ? Les exemples de mise à mal de nos souverainetés militaire, financière ou industrielle sont faciles et, malheureusement, multiples !

Et la souveraineté agricole dans tout cela ? Rappelons tout d’abord que la réduire au seul volet  alimentaire serait réducteur, et ce, encore plus au niveau wallon ou belge qu’au niveau européen. En effet, même si notre agriculture est avant tout destinée à produire de de la nourriture à destination humaine, elle est (et a toujours été, dans des proportions variées) aussi source de production d’alimentation animale, d’énergie et de fibres. Ce qu’on appelle en anglais les « 4 F » : food, feed, fiber & fuel (déjà évoqués dans un de mes édito précédents). L’agriculture contribue donc non seulement à la souveraineté alimentaire au sens large, mais aussi à  la souveraineté énergétique et industrielle. Avec cette particularité d’exploiter et d’entretenir une grande partie de notre territoire, et de dépendre du terroir.

Comme ses pays limitrophes, la Belgique présente une balance commerciale positive dans le secteur agro-alimentaire. Globalement et en euros, on exporte donc plus qu’on importe. Et ce, principalement en direction de nos trois voisins directs que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. A y regarder de plus près, nous exportons surtout des patates, des produits laitiers, des légumes et du porc. Dans un rayon de quelques centaines de kilomètres. Mais nous sommes importateurs de certains fruits et légumes, de fromage, de céréales panifiables, d’oléagineux, de vin… En provenance de ces mêmes pays limitrophes ou d’autres états européens.

S’imposer une souveraineté alimentaire limitée aux frontières de notre plat pays, si on la traduisait par un arrêt des importations au niveau national, reviendrait donc avant tout à réduire la variété de notre régime alimentaire. C’est alors les nutritionnistes que nous entendrions…

Si on élargit le débat aux frontières européennes et à ses 27 états membres, nous sommes à la fois exportateurs nets (grâce à la France notamment), mais aussi assez diversifiés dans nos productions pour répondre à l’entièreté de nos besoins sans dépendre des autres continents.

La vrai question n’est donc pas, pour l’agriculture et l’agro-alimentaire wallonne et belge,, d’envisager la souveraineté au sens de l’autonomie territoriale. Mais bien en termes de protection d’une agriculture européenne qui remplit ses missions premières en quantité et en qualité suffisantes sans être continuellement mise à mal par la concurrence déloyale avec d’autres continents qui répondent à des standards de production différents.

Au quotidien, la FWA œuvre pour cela au niveau régional et national, et en collaboration avec le COPA-COGECA sur le plan européen.